samedi 25 mars 2017

Hello Ladies


















Une bonne comédie romantique, voilà un objet cinématographique assez rare. La comédie romantique fait partie des genres les plus éculés du 7eme art, remâchant toujours les mêmes bons sentiments et les mêmes histoires d’amour impossibles qui finissent bien. Mais, ce qui m’a toujours personnellement embêté dans la majorité d’entre elles, c’est l’insignifiance et la banalité des personnages, écrit en une seule dimension, dont les contours sont nullement travaillés et pour lesquels on ne parvient pas à développer une connexion, pourtant vitale quand la pierre angulaire du film est l’amour. Quand un film a des enjeux plus « grands » (thriller, action…), l’importance que l’on attache à l’incarnation des personnages est réduite du fait que l’intrigue captive une partie de notre attention. Ainsi dans les comédies, et particulièrement plus dans les comédies romantiques, quand le film repose sur l’harmonie, l’équilibre et la connexion entre les personnages, ces derniers doivent être épaissis, en trois dimensions.  

J’ai adoré Hello Ladies Le Film, justement pour cette dernière raison. Comme ce film vient après 8 épisodes d’une mini-série HBO prénommée, vous l’aurez deviné, Hello Ladies, nous connaissons mieux (si tant est que l’on ait vu la mini-série) les personnages, leurs motivations et leur histoire. On se sent directement investis, alors seulement on peut se laisser porter par l’histoire d’amour soit dit en passant assez classique du film. Hello Ladies est une mini-série HBO de 8 épisodes de 29 minutes, très peu connue outre-Atlantique et je crois aussi peu médiatisée aux US. Elle est créée, produite, réalisée et interprétée par Stephen Merchant, un grand gringalet britannique, interprétant un mutant albinos dans le récent Logan, et, ici, se mettant peut-être partiellement en scène. Il joue un trentenaire devenu riche grâce à la digitalisation, vivant sur les hauteurs de Los Angeles, et étant complètement obsédé par l’appartenance aux milieux « hype » de la cité des Anges, et par la volonté compulsive de sortir avec des mannequins. Etant pourvu d’un physique peu avantageux et d’une sociabilité boiteuse, il va aller d’échec en échec pour notre plus grand plaisir. Dans Hello Ladies Le Film, il cherche à impressionner sa petite amie de jeunesse de visite à LA, en prétendant sortir avec sa locataire (et amie) vivant dans l’appartement d’à côté.  

Le film est extrêmement bien écrit, et le format d’1h20 est presque plus jouissif que le format épisodique. Chose extrêmement rare, mais je pense que le film est meilleur que la série dont il est inspiré. Le découpage du film est parfaitement maitrisé et Stephen Merchant, revenant derrière la caméra, prouve qu’il sait également maitrisé le format cinématographique dans son rythme et ses ambiances. On ne voit pas le temps passer, les scènes qui pourrait être démesurément mielleuses sont bien souvent désamorcées par la comédie bien sentie du britannique, et quand elles ne le sont pas, elles paraissent authentiques et sincères. J’ai vraiment rien aux éclats (chose finalement assez inhabituelle) et j’ai été ému et profondément satisfait par la fin qui vient mettre un terme de manière magistrale à une nouvelle très bonne production d’HBO. 

4/5


mardi 31 janvier 2017

La La Land



 














Fin 2014, Whiplash, le deuxième long-métrage de Damien Chazelle, avait pris tout le monde de court, et avait secoué le monde cinématographique. C’était une vraie bombe, une claque pour tous les amoureux de cinéma. Deux ans plus tard, le jeune prodige de 32 ans revient en force avec une merveilleuse comédie musicale, La La Land.

Avant de traiter de la finesse d’écriture du film, évoquons rapidement l’aspect technique. Le film s’ouvre sur un plan séquence stupéfiant de maîtrise qui pose les bases d’une cinématographie irréprochable. Les plans larges de Los Angeles au lever du soleil sont d’une beauté époustouflante et, tout au long du film, Damien Chazelle utilise les couleurs à la perfection. A ce titre, je vous conseille lavidéo Youtube du Fossoyeur de films, qui vous expliquera mieux que moi le travail remarquable de Chazelle sur les couleurs. Que ce soit au travers de l’utilisation des codes couleurs, des chorégraphies ou de la lumière, le film mérite d’être montré à tous les étudiants en école de cinéma. A la fois très respectueuse des grands classiques du genre mais en ne rejetant absolument pas la modernité, la réalisation de Damien Chazelle est totalement en adéquation avec son sujet.

Le film est également porté par un casting remarquable. Emma Stone confirme qu’elle est une actrice talentueuse, à prendre au sérieux pour les années à venir. Quant à Ryan Gosling, il est incroyable. J’ai une histoire un peu compliqué avec lui. Pendant longtemps, j’ai été complètement hermétique à son jeu d’acteur. Je ne l’aimais pas. Ses performances sans nuance dans Drive, The Place Beyond the Pines ou Only God Forgives m’exaspéraient au plus haut point. Je ne comprenais pas l’engouement autour de cette acteur, qui pour moi n’était pourvu que d’une belle gueule. Seulement voilà, l’année 2016 a tout renversé. Ryan Gosling s’est mis à jouer des comédies (The Big Short, The Nice Guys, et dans une certaine mesure La La Land) et j’ai découvert un nouvel acteur. Un acteur, un vrai, qui transmet des émotions à travers sa posture, son visage et sa gestuelle. C’est même devenu un de mes acteurs comiques préférés.

Venons-en au sujet du film. Le scénario est à première vue bien simpliste, c’est la rencontre amoureuse, à Los Angeles, entre une actrice et un musicien de jazz qui tentent tous les deux de faire leur trou. Mais il y a pour moi une métaphore cachée dans cette histoire d’amour, elle nous décrit l’histoire des comédies musicales, la rencontre entre le 4ème et le 7ème art, quand la magie opère. Des débuts hésitants à l’harmonie parfaite de deux courants artistiques qui fusionnent, le film nous fait revivre les années d’or d’un genre qui vit aujourd’hui principalement dans la nostalgie. ATTENTION SPOILERS. Et justement, le film nous conduit au même dénouement. Nos deux amoureux empruntent des chemins différents, ils modernisent leur talent et s’écartent l’un de l’autre. La fin du film, totalement bouleversante, fait se rencontrer une nouvelle fois nos amoureux pour partager le souvenir du passé ! S’étant toujours aimés, Mia (le cinéma) et Sébastian (la musique) partagent une explosion de joie, de dynamisme et revivent un amour idéalisé. Pendant une courte parenthèse, ils s’évadent dans leur nostalgie et se souviennent pourquoi ils se sont tant aimé et puis, d’un simple petit mouvement de tête, se saluent et retournent vivre leurs carrières chacun de leur côté… Magnifique, tout simplement… Fin du SPOILER.   

La La Land est une déclaration d’amour au jazz, au cinéma, et à Los Angeles. C’est film puissant sur l’amour, les rêveurs et la magie des rencontres. C’est un film qui rend heureux. C’est un beau grand film. 

4.5/5