lundi 2 mars 2015

BIS



La comédie française est clairement en perte de vitesse, on peut même dire qu’elle est à l’arrêt depuis une bonne dizaine d’années. Certes BIS était à coup sûr une bouse cinématographique et il apparait assez réducteur d’affirmer cela après l’avoir vu mais regardons la réalité en face. Les grands succès en termes de comédies françaises ces dernières années sont Bienvenue chez les Ch’tis, Intouchable et Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu… Vous conviendrez aisément qu’on est loin du Dîner de cons, des Bronzés, de La grande vadrouille ou des Visiteurs. Si les classiques du 21ème siècle sont Bienvenue chez les Ch’tis et Intouchable… j’en pleure plus que je n’en rigole. Pour moi, la dernière grande comédie française remonte à 2001 et c’était Mission Cléopâtre. Si la machine est enraillée, c’est que la France n’a plus de véritables acteurs de comédies. Le milieu du 20ème siècle a eu De Funès et Bourvil, la fin du 20ème a eu Lhermitte, Clavier, Depardieu, Jugnot, Villeret et j’en passe. Et nous avons quoi nous au 21ème siècle ? Des humoristes reconvertis en acteurs ? Les Merad, Elmaleh, Boon et autres Dubosc sont bien gentils sur une scène ou dernière la petite lucarne, mais dans les salles noires, leur qualité d’acteur laisse clairement à désirer.

Après ce constat assez déplorable, revenons-en à la critique de BIS. Ce film avait du potentiel. Le retour dans le passé est somme toute assez classique mais les ressorts comiques sont tellement nombreux qu’il y a toujours de quoi faire rire abondamment. Malheureusement, le film ne va jusqu’au bout de ses idées. Les comédies bas de gamme comme BIS se contentent d’enchainer les gags comme des humoristes de stand up (coïncidence ? je ne pense pas) alors qu’une bonne comédie consiste à prendre un sujet drôle et à le pousser vers des extrêmes inattendus.

Autre gros point noir du film : la surenchère mélodramatique. Le film est ponctué de scènes à faire pleurer les chaumières et c’est tout à fait horripilant. Surtout, ce n’est pas du tout ce que l’on recherche en venant voir ce genre de film. On critique souvent les comédies américaines qui ne peuvent s’empêcher de nous imposer à la fin des morales larmoyantes et bien souvent patriotiques mais ils ont au moins la décence de ne le faire qu’une fois nous avoir fait rire pendant une heure et demie. BIS, premièrement ne nous fait que rarement sourire, et deuxièmement s’offre le luxe de nous pourrir le film avec des fausses prises de conscience à deux francs. C’est pitoyable.

Au titre des échecs cuisants du film, on ajoutera le jeu d’acteur tout à fait déplorable de Dubosc, à peine aidé par un Merad qui continue d’enchainer les comédies françaises de fond de tiroir. Merad est un fin humoriste mais un acteur grossier incapable de se mouvoir en autre chose d’un quarantenaire dépassé. Le passage avec Zidane enfant est également pathétique et complètement inutile, cela ne nous décroche aucun sourire mais uniquement un profond sentiment d’exécration. Nous ne parlerons même pas de la fin qui nous balance sa morale à deux balles sur les « brouillons de vie ». En écrivant de telles banalités, Farrugia aurait dû réaliser que c’est son scénario qui était brouillon.

BIS est donc, comme prévu, une énième comédie française merdique, venant noircir encore un peu plus le triste tableau de l’humour cinématographique français.         

1/5

mardi 24 février 2015

Kingsman : services secrets



Le nouveau film de Matthew Vaughn n'offrait pas de grandes promesses aux spectateurs. Il y avait même de quoi s'inquiéter. Un sous-titre rappelant un mauvais film d’action américain, un Samuel L Jackson en jogging sur l'affiche, un jeune adolescent rebelle et héroïque dans la bande annonce, aucune originalité dans le synopsis... Mais c'est justement en sortant de nulle part que naissent les plus belles surprises.

En effet, le synopsis et la bande annonce ne sont pas de très bonne augure. Du moins, on ne s’attend à rien d’extraordinaire. Mais, quand on y regarde de plus près, on s’aperçoit que la nationalité de la production est britannique et, normalement, notre espoir renait.  BRITANNIQUE mes amis !!! Tous les espoirs sont permis. Ceux qui me connaissent, et ceux qui ont pu lire ma critique de The Intbetweeners, savent que je suis un grand admirateur de l’humour british. C’est bien écrit, c’est plus subtil, c’est grossier sans être grotesque. C’est tout simplement délectable. Et Kingsman n’échappe pas à la règle.  
  
Là où chez les américains on nous servirait peur et tristesse sur un plateau d’argent, les anglais préfèrent nous faire rire. Kingsman évite donc soigneusement le suspense démesuré et excessif ou les moments mélodramatiques pour ne jamais perdre de vue le rire spontané du spectateur qu’il cherche à provoquer. Le choix des mots, le choix des lieux, tout est soigné, élégant et amusant.  J’ai beaucoup souri et mes camarades spectateurs également. De plus, le film regorge de scènes décalées et déjantées, comme la scène des têtes ou celle du bar avec le gang écossais. 

Kingsman reste cependant, avant tout, un film d’action. Mais pas un film d’action lambda. Loin de là. Les scènes de baston sont magnifiquement bien filmées avec une alternance entre le ralenti et l’accéléré qui est de très bon goût. De plus, contrairement aux productions américaines où l’on voit tout sauter, tout gicler dans tous les sens, en perdant totalement de vue le héros et son visage (alors remplacé par un cascadeur), Kingsman filme au plus près l’action et son acteur, donnant une vraie impression de combat et d’immersion. Sans spoiler, je peux dire qu’on assiste à un combat Tarantinesque dans une église qui est assurément une des meilleures scènes d’action de ces dernières années. Une scène pour laquelle on n’ose pas s’imaginer la complexité de la mise scène.  

Pour finir cette critique, je décernerai une mention spéciale aux acteurs qui sont tous en très grande forme. Que ce soit Colin Firth qui exagère à fond son côté british, Samuel L. Jackson en PDG multimilliardaire au style de gangster voulant être un cliché des méchants de James Bond, ou même le jeune Taron Egerton, un peu écrasé par les poids lourds qui l’entoure, mais très bon.   

Les parodies de films d’espionnage, il y en a eu un paquet. Mais Kingsman ne veut pas être un énième pastiche détournant encore et toujours les mêmes codes. C’est là que Vaughn fait fort. Kingsman n’est pas une parodie, mais une parodie de parodie. Le résultat ? Un film totalement fou, absurde, déjanté, mais à la fois très premier degré.

#mytailorisrich
 
4/5

vendredi 20 février 2015

American Sniper




Fallait s’y attendre, ça transpire le patriotisme. Ça suinte le chauvinisme. C’est une propagande dégoulinante, visqueuse et tenace. Je n’aime pas être aspergé par autant de nationalisme, d’intransigeance, et d’inflexibilité. Et pourtant dieu sait que j’aime les Etats-Unis sous de nombreux aspects. 

Ce film n’est-il pas l’histoire d’un texan aux rêves de cowboy qui devient une légende nationale ? D’un américain inconscient, vindicatif et acharné s’engageant sans état d’âme pour une cause qu’il juge « noble » et n’ayant aucun recul sur ses actions ? D’un nationaliste enragé qui a réussi à préserver son intégrité après avoir été broyé par la guerre ? Non c’est vrai, au temps pour moi, rien à voir avec une propagande à la gloire de la politique et des valeurs qui composent les Etats-Unis. 

Ce film ne gomme-t-il pas proprement les aspects un peu gênants de la personnalité de Chris Kyle ? Ne gomme-t-il pas soigneusement les cas de conscience d’un sniper au grand cœur en montrant ostensiblement une menace bien présente cachée dans les mains d’un enfant ? Ne gomme-t-il pas toute nuance dans un final larmoyant et émouvant fait d’images d’archive ? Non c’est vrai, au temps pour moi, rien à voir avec une propagande à la gloire de la politique et des valeurs qui composent les Etats-Unis.

Papi Eastwood joue juste l’opportuniste, le cul entre deux chaises, entre action et émotion, ne parvenant, ni à nous émouvoir, ni à nous contenter. Comme souvent chez lui, c’est propre, c’est bien réalisé, c’est lisse mais putain c’est plat. On ne peut pas vraiment critiquer le scénario (au sens de l’histoire) car ce dernier est tiré de la réalité mais on peut cependant parfaitement questionner le choix de le mettre à l’écran. L’histoire n’a rien de passionnante. Le combat mené au Moyen-Orient ne nous tient pas du tout en haleine et à la limite c’est les retours aux States qui seront les plus intéressant, montrant, partiellement, le traumatisme post-guerre des soldats. 

Le plus triste dans ce film, c’est que chacun en repartira convaincu de ses idées, convaincu de ses préjugés. Ce film ne bouscule rien, et tout le monde y trouvera ce qu’il est venu chercher. Le belliciste pro amerloc y verra une invitation à guerroyer au Moyen-Orient sans se questionner sur le bien-fondé d’une telle intervention et sans prendre en compte la situation actuelle. Tandis que l’anti-américain forcené et primaire y verra une célébration outrageuse d’un putain de héros servant aveuglement son putain de pays. 

C’est pauvre en réflexion et trop propre en cinéma.  

2/5




samedi 14 février 2015

Papa ou Maman



Papa ou Maman est une comédie française réjouissante où l'on rit à gorge toute déployée. Rien à voir avec le pathétique Babysitting qui, pour des raisons que je ne m'explique pas, avait cartonné au box office l'an passé. Ici on retrouve un rire franc, sincère et instinctif qui résonne dans toute la salle en se communicant naturellement avec la personne d'à côté. Je dois avouer que par pudeur, je me laisse rarement emporter dans des rires incontrôlés, mais là mon sourire en coin n'a pas tenu le choc. Ce film me rappelle un peu Le Prénom qui avait provoqué chez moi le même rire pur et spontané. Rien d'étonnant là-dedans puisque les scénaristes de Papa ou Maman sont les mêmes que pour Le prénom (où ces derniers étaient en plus réalisateurs). De plus, ces deux films sont imprégnés d'un humour noir que j'apprécie tout particulièrement. 


Dans Papa ou Maman, l'humour noir réside dans le scénario original. Deux parents veulent divorcer, chacun a une opportunité de travail à l'étranger, et ces derniers vont donc se battre pour... ne pas avoir la garde de leurs enfants. L'idée est tout à fait délirante et jamais traitée encore au cinéma. Par conséquent, toutes les situations (ou presque) sont incongrues. Et, comme pour Le prénom, les scénaristes ne s'arrêtent pas à quelques gages bien trouvés, ils poussent le bouchon là on l'on pense qu'ils vont s'arrêter. Il en résulte une surenchère explosive que l'on pense tout d'abord facilement épuisable mais qui se révèle assez féconde.


Je ne trouve pas grand chose à redire. Les acteurs sont excellents. Marina Foïs et Laurent Lafitte sont incroyables en parents égoïstes et irresponsables. La fin n'est pas complètement prévisible. A quelques minutes de la fin, on attend d'ailleurs un final un peu différent. Papa ou Maman est donc tout simplement un film sans prétention pour toute personne désirant passé un bon moment de cinéma sans se prendre la tête. C'est un film à voir seul, en couple ou mieux, en famille. 

4/5