mercredi 18 mai 2016

11.22.63


















Entre Stephen King et la petite lucarne, ce n’est pas franchement une belle histoire d’amour. En 2002, la série Dead Zone avait massacré l’œuvre originale du romancier américain, tandis qu’Under The Dome, après une première saison mitigée en 2013, s’était complètement écroulée dans des saisons 2 et 3 entièrement loupées et absolument irregardables. Autant vous dire qu’il y avait de quoi être préoccupé à l’annonce de la sortie de 11.22.63, une nouvelle mini-série, adaptation du roman éponyme de Stephen King. 11.22.63 n’est pas le roman le plus populaire de l’auteur américain (car récent 2011) ce qui rend peut-être son adaptation moins délicate. De plus, la série a su bien s’entourer avec une star de cinéma dans le rôle principale en la personne du beau James Franco, mais aussi avec J.J.Abrams et Stephen King en producteurs délégués. Cela fait donc du beau monde et on peut dès lors nourrir certains espoirs concernant la qualité du show. 

Fidèle au matériau d'origine, la série suit l'histoire dans le monde contemporain, de Jake Epping, un professeur d'anglais fraichement divorcé, qui vit et enseigne à Lisbon Falls dans le Maine. Il fréquente régulièrement le snack-bar d'Al Templeton, un ami de longue date. Un soir, alors que celui-ci semblait être en bonne santé, il lui apprend qu'il souffre d'un cancer du poumon. Il lui révèle également que dans le local de son restaurant, se trouve un portail spatio-temporel menant en 1960. Templeton lui explique qu'il a tenté d'empêcher l'assassinat de John F. Kennedy, mais qu'il a dû y renoncer à cause de la maladie, qui lui aurait été "donné" par le passé, qui ne semble pas apprécier qu'on cherche à le "changer". Après lui avoir compté ses incroyables voyages dans le temps et juste avant de mourir, Al annonce à Jake qu'il souhaite le voir accomplir cette mission qu'il n'a pu lui-même accomplir : sauver JFK et empêcher Lee Harvey Oswald de l'assassiner le 22 novembre 1963 à Dallas. Une mission périlleuse qui permettrait de changer l'Histoire et notamment d'éviter la guerre du Viêt Nam et ses conséquences dans les années 1970. Résolu à changer de vie, à modifier l'histoire mais également à rendre justice à son défunt ami, Jake retourne alors en 1960, mais rien ne se passera comme prévu...

Avec 8 épisodes d'au moins 45min, 11.22.63 est une mini-série au même titre que Fargo, True Detective ou encore Top Of The Lake, pour ne citer qu’elles. Ces séries ont souvent un rythme assez lent et dépeignent avec précision un environnement et/ou une époque. Ainsi on retrouve un portrait de la Louisiane dans True Detective, de la Nouvelle Zélande dans Top Of The Lake, du Minnesota dans Fargo, et des années 60 aux Etats-Unis dans 11.22.63. Ces séries sont donc plaisantes rien que pour l’instauration d’une atmosphère propre et identifiable. Le pilote d’1h20 est très bin, il n'en montre pas trop, mais tout de même suffisamment pour avoir envie d'en voir plus. La série installe doucement mais surement son ambitieuse intrigue mélangeant complot politique (manipulation, conspiration et paranoïa), paranormal (les voyages dans le temps et leurs règles très précises) et romance (la relation crève-cœur entre Jake et Sadie est l'une des plus belles du moment à la télévision US) pour mieux attirer dans sa toile un spectateur qui n'avait pas besoin de plus pour être pleinement séduit par une mini-série policière retranscrivant à merveille l’effervescence nostalgique et enthousiasmante des glorieuses sixties, et prenant pour point d'encre l'un des points les plus marquants de l'histoire américaine.

Follement addictifs, intenses, fluides et référencés même si pas dénués de quelques maladresses, les huit épisodes alignent une pluie de sous-intrigues et de fausses pistes pour mieux nous mener à une fin aussi attendue que surprenante. En antihéros sauveur d'un autre temps, James Franco, totalement habité par son rôle, est le service après-vente parfait du show, un véhicule de conviction incroyable à cette histoire surréaliste mais pourtant réellement crédible. Juste, touchant et franchement empathique, il éblouit l'écran de sa prestance et sa love-story avec la très belle et trop rare Sarah Gadon est l'un des atouts charmes évident de l'intrigue.

Captivante et attachante, privilégiant autant la profondeur de ses personnages et de son histoire que la minutie de sa reconstitution de l'Amérique des années 60, 11.22.63 est une adaptation brillante en tout point.

PS : Vous pouvez retrouver la série sur la plateforme streaming Hulu, concurrent de Netflix. 


4/5

Rectify


















Rectify, c'est l'histoire d'un type, Daniel Holden, accusé et condamné pour le viol et le meurtre de sa petite amie. Emprisonné à 18 ans, il reste enfermé 19 ans dans le couloir de la mort avant d’être relâché en raison d’une nouvelle analyse ADN qui vient remettre en question son incarcération. Et ce laps de temps n'est pas négligeable : sa famille, ses anciens camarades de lycée, sa ville, tout ce qu'il connaissait a changé. Lui aussi a changé, le confinement pendant près de deux décennies a eu, comme on peut s’en douter, des impacts psychologiques d’envergure. Et c'est dans ce nouveau monde le pensant toujours coupable qu'il doit se reconstruire.

La première saison est constituée de 6 épisodes de 50 minutes, la seconde de 12 épisodes et le troisième de 6 épisodes également. J’apprécie les mini-séries comme Rectify, Top Of The Lake, Fargo, TrueDetective, 11.22.63, et bien d’autres, car elles prennent souvent leur temps, installent patiemment une ambiance qui leur sont propre et permettent finalement de capter l’essence d’une époque ou/et d’un lieu. Généralement, ces mini-séries sont aussi des œuvres à la qualité quasi cinématographique. Et Rectify ne dément pas ce dernier point. C'est parfait, de bout en bout. La mise en scène, les plans ont été choisis avec subtilité et précision, livrant ainsi de superbes images qui ne se contentent pas d'être seulement belles. Le but n'est pas de faire du beau pour du beau, comme il est de coutume quand on veut se lancer dans une création "esthétique", mais de raconter, véritablement. Les mots ici ne seront d'aucune aide au spectateur, la parole étant assez rare. Pour contrebalancer, la musique est omniprésente. A l'instar de l'image, elle sert de support à l'émotion que veut retranscrire le réalisateur.

Niveau casting, pareil, il n'y a rien à redire. Aden Young, qui incarne Daniel, devait pourtant relever un challenge assez difficile. Son personnage est bousculé par une multitude de sentiments et est, de fait, très difficile à cerner, déjà pour le spectateur, mais d'autant plus pour son interprète. C’est un pari réussi : Young réussit à retranscrire ce mélange d'innocence, de souffrance, de bouleversement tout au long de la série. Abigail Spencer (Amantha), avec son air baba cool, est mine de rien, elle aussi, un personnage complexe : heureuse de retrouver son frère, ne voulant plus le lâcher pour rattraper le temps perdu mais se heurtant tout de même aux conséquences de cette libération, tant au niveau de ses relations avec son frère qu'au niveau de la ville, et tentant d'en dissimuler les impacts. Clayne Crawford joue l'odieux demi-frère qui a bien profité de l'emprisonnement de Daniel et qui ne veut pas lui laisser ne serait-ce que le quart de la place qu'il tenait avant, tandis qu'Adelaïde Clemens, qui incarne sa femme, est un petit peu l'éclat de pureté dans une ville rongée par l'amertume et la vengeance.

Si on peut penser de prime abord que la série ne serait qu'une critique de la peine de mort aux States, il n'en est rien. Le créateur Ray McKinnon explique que malgré ses propres opinions sur le système pénitentiaire américain, il n'a pas voulu faire une série à charge. Il le dit en ces termes : « Rectify doit être un ressenti, pas une leçon ». Si Rectify ne délaisse pas le judiciaire en poursuivant l'enquête sur la mort d'Hannah Dean, cette intrigue est somme toute assez secondaire (dans la première saison surtout), ce qui permet à Ray McKinnon de se concentrer sur Daniel et sur les thématiques qu'amène sa libération. La liberté, pour commencer : Daniel est-il vraiment libre ? Est-ce que le regard des autres n'est pas la prolongation de sa cellule ? La liberté est-elle vraiment un phénomène physique ? Dans Rectify, la sortie ne se fait pas sous la pluie de la délivrance comme dans Les Evadés car elle ne signifie strictement rien de nouveau, le changement de statut de Daniel n'étant que physique et non pas psychologique. Rectify reste très ouvert et on peut y voir ce que l'on veut, mais jamais avec certitude : la série stagne sans cesse dans le flou permanent, la conduisant ainsi à un rythme que je qualifierai plus d'incertain que de lent.

C'est bien parce que la série, outre son aspect contemplatif, ne nous donne pas la main et nous laisse libre interprétation sur ce qui se passe sous nos yeux que Rectify mérite d'être regardé. L'intrigue en soi est superflue, bien que prenante, car la série a vraiment pour vocation de nous transmettre certaines émotions et surtout, de nous faire réfléchir, sans nous conforter à un seul moment dans une voie. En gros, Rectify, c'est beau, subtil, intelligent.

4/5