jeudi 12 mai 2016

Horace & Pete

















Voici une série dont je parie que personne n’a entendu parler. Et il n’y a rien de plus normal car la série n’a bénéficié d’aucune publicité ni d’aucune promotion avant sa sortie. La série a juste été mise en téléchargement sur le site de l’humoriste Louis C.K. A posteriori ce dernier en parlera dans le late-night show de Jimmy Kimmel puis à quelques autres journalistes mais c’est tout. Louis C.K est considéré par beaucoup comme le meilleur humoriste de stand-up américain encore en activité et ce dernier n’est pas un novice de la série télé puis qu’il a déjà écrit, réalisé, monté et produit la série Louie dans laquelle il interprétait une version fictive de lui-même. Une excellente série qui comporte 5 saisons à son actif. Il revient donc à la petite lucarne avec Horace & Pete, une série peu orthodoxe qui ne ressemble à rien de ce que vous avez pu voir à la télévision.

Il est difficile de décrire Horace & Pete. Je dirais que la série se trouve entre la pièce de théâtre et la sitcom. Du théâtre, la série emprunte les entractes et la segmentation de l’histoire en plusieurs actes, que ce soit au sein des épisodes comme au sein de la série en elle-même. De la sitcom, la série emprunte l’unité de lieu, le cercle d’amis/famille, et les situations humoristiques et loufoques. Mais je tiens tout de même à préciser qu’Horace & Pete est une sitcom que l’on pourrait qualifier de dramatique. On rit parfois d’un rire franc mais l’ambiance générale est à demi déprimante. Je précise aussi qu’il n’y a pas de rire enregistré bien évidemment (la mode commence à passer). Pour les plus anciens d’entre vous (no offense !), on pourrait faire l’analogie avec la série Cheers, si Cheers avait été filmé dans un bar entre 2 et 5h de l’après-midi avec des habitués dépressifs.

Pour faire court, la série retrace l’histoire d’Horace et Pete, deux membres d’une même famille qui sont ensemble propriétaire d’un bar familiale à Brooklyn qui se transmet de génération en génération. Le scénario n’a a vu d’œil rien de bien nouveau mais c’est belle et bien la plume acérée et exquise de Louis C.K qui va donner à la série une dimension hors du commun. Les dialogues sont tellement bons que Louis C.K se permet de faire un épisode de 45 min qui nous montre juste deux individus aillant une discussion autour d’une table. La série est également extrêmement couillue et les personnages évoquent sans complexe les homosexuels, les juifs, les transsexuels, les malades mentaux, les extravagances de Donald Trump… Il y a des phrases immondes et terribles qui dans n’importe quel autre contexte seraient susceptibles de déclencher manifs et procès.  Mais c’est la beauté de l’écriture de Louis C.K, ainsi que les acteurs merveilleusement bien castés, qui rendent ses écarts de langages complètement passables. En parlant du casting, ce dernier est excellent ! Louis C.K s’entoure d’incroyables comédiens avec en fer de lance l’extraordinaire Steve Buscemi qui à lui seul vaut le détour. 

En résumé, Horace & Pete est une série totalement singulière, à l’opposé de tout ce qui peut se faire en ce moment à la télévision et elle mérite qu’on en parle.

Vous pouvez donc la trouver en téléchargement ici : https://louisck.net/show/horace-and-pete

PS : La bande originale est composée par Paul Simon et est excellente !! <3

3.5/5

mercredi 4 mai 2016

The Leftovers


















A chaque nouvelle critique d’une série HBO, je ne peux m’empêcher de crier mon amour pour la chaîne câblée américaine, qui est sans contestation aucune la chaîne de télévision la plus audacieuse, la plus révolutionnaire et la plus courageuse d’entre toutes. HBO nous propose chaque année des séries d’un genre nouveau, que ce soit dans la réalisation ou dans l’écriture. Grâce à son excellente réputation qu’elle s’est construite au fil des années avec des succès comme Six Feet Under, Game of Thrones, True Detective, Band of Brothers, Sex and the City, The Wire ou encore OZ, la chaîne se permet de prendre des risques et de considérer le spectateur comme un être-humain intelligent capable de regarder un show qui ne suivra pas les carcans préétablis d’un genre et qui préférera bousculer certaines idées préconçues.  

A l’heure actuelle il y a peu de chaînes de télévision américaines qui soient capables de prendre de tels risques. Si la télévision vit son âge d’or, et cela ne fait aucun doute, elle est tout de même, un peu comme le cinéma, sclérosée. J’entends par là qu’on recycle de vieux procédés et que les idées originales se sont plus rares, les nombreux prequel, sequel, reboot, remake et autres anglicismes que l’on peut voir dans les salles noires en sont un parfait exemple. Au niveau télévisuel, on ressent la panne créatrice dans la profusion des séries de vampires (Vampire Diaries, The Original, True Blood…), des séries de zombies (The Walking Dead, Fear the Walking Dead, IZombie…), des sitcoms à gogo qui ne se différencient plus trop les unes des autres… Mais bien sûr je caricature extrêmement le tableau et tout n’est pas si noir, la télé continue de ramener de plus en plus de monde devant la petite lucarne comme en témoigne les audiences extraordinaires de Game of Thrones ou Walking Dead (qui selon moi ne mérite clairement pas autant de bruit). Mais voilà, quand on voit une nouvelle production HBO, avec un scénario intrépide, on se frotte les mains car tout laisse à penser que ça va être très bon, challengeant et intéressant. Et c’est exactement ce qu’est The Leftovers.

J’ai vu la première saison de The Leftovers il y a de cela bientôt 6 mois. Comme j’ai depuis regardé une bonne trentaine de séries, et comme j’ai vraiment une mémoire de merde, j’ai déjà un souvenir un peu vague de la série. J’entends par là que je ne ferais pas une critique à chaud et détaillée mais que je viens plutôt exprimer un ressenti pour une série qui me tient très à cœur et promouvoir une œuvre extrêmement sous-cotée. Si la série est sous-cotée elle le doit notamment à son créateur Damon Lindelof, aussi créateur et producteur de la série Lost. Si Lost a beaucoup de qualités, et reste pour moi une série révolutionnaire qui a changé le paysage télévisuel, la fin de la série a laissé un goût amer dans la bouche de nombreux de fans. On reproche à la série de n’avoir pas su résoudre toutes les énigmes et les questions qu’elle avait posées. Alors quand certains ont vu le synopsis de The Leftovers, et qu’ils savaient que Damon Lindelof est aux manettes, ils ont pris peur. Le synopsis de la série est le suivant : « 2 % des êtres humains ont disparu de la surface de la Terre sans la moindre explication, dans une sorte de ravissement. Les habitants de la petite ville de Mapleton vont être confrontés à cette question lorsque nombre de leurs voisins, amis et amants s'évanouissent dans la nature le même jour d'automne ».

Mais à la grande différence de Lost, le postulat de départ de The Leftovers est que l’on ne répondra pas aux questions suivantes : « Pourquoi ont-ils disparu ? Comment ont-ils disparu ? ». Et cela change tout. Les attentes sont du coup complétement différentes, et le challenge est plus intéressant. On n’apportera pas d’explication mystique à dormir debout comme dans Lost, nan, on ne l’expliquera simplement pas. A la place, les créateurs de la série ont préféré se focaliser sur les conséquences de cet événement inexplicable. On plonge donc dans la vie quotidienne des rescapés de ce phénomène invraisemblable. La série est donc une série sur la catharsis, sur la perte, sur l’abandon et sur le deuil. La série réfléchie aussi sur des sujets très pragmatiques dans ce genre de situation comme : peut-on toucher l’assurance vie des disparus alors que l’on ne sait pas où ils sont, s’ils reviendront…

La série bénéficie aussi d’une construction épisodique de qualité qui demande un certain investissement du spectateur. Nous ne sommes pas sur une chaîne de télé quelconque où le but est d’obtenir une audience rapidement et où les épisodes misent sur l’addiction et les cliffhangers. Non c’est HBO, donc on peut se permettre de construire sa série comme on l’entend, comme un puzzle dont la dernière pièce viendra apporter la pleine satisfaction au spectateur. Certains pourront donc ressentir certaines longueurs car la série a parfois un rythme lent avec de longues séquences presque contemplatives mais pour moi la qualité des acteurs, de la réalisation et surtout des dialogues est tellement puissante qu’elle prend le pas sur un quelconque ennui. Si l’influence de Lost est visible, j’ai personnellement ressenti l’influence de Six Feet Under dans la recherche visuelle très similaire, le traitement du deuil,  les personnages perturbés et les scènes hallucinées. La comparaison peut paraître appuyée, mais elle n’est pas si invraisemblable. Car un peu comme l’œuvre d’Alan Ball, The Leftovers a cette façon de s’intéresser à de nombreux thèmes, messages et questionnements existentielles – religion, deuil, mémoire.

The Leftovers est un chef d’œuvre.

Longue vie à HBO

5/5